Emmanuelle Duez, fondatrice de The Boson Project, une entreprise engagée qui milite pour la transformation des sociétés – de la société – dessine avec justesse le portrait de la jeunesse d’aujourd’hui et de celle de demain, les générations Y et Z. Une jeunesse symptomatique d’un changement du monde qui la dépasse, avec une mission : celle de réinventer la société. Une vision de l’évolution du monde dans laquelle beaucoup se reconnaîtront !

Et en entreprise… être jeune, cela signifie quoi ?

« La génération Y porte sur l’entreprise un regard radicalement différent. Elle a le pouvoir de transformer l’entreprise de l’intérieur. Cette jeune génération est porteuse d’un nouveau modèle de société parce qu’elle fait un pari : celui de faire passer le pourquoi avant le comment, la flexibilité avant la sécurité, l’exemplarité avant le statutaire, l’ambition de s’accomplir avant celle de réussir et elle juge sa réussite, son épanouissement à travers ses propres yeux et pas à travers ceux des autres.  

Cette jeune génération sait que personne ne l’attend, donc elle rêve d’un autre monde. Elle sait que l’entreprise ne pourra pas lui promettre ce qu’elle a promis à ses parents, donc elle s’invente une autre destinée, une autre épopée. Bébé de la précarité, elle a appris à rebondir, à accumuler les expériences qui ont du sens pour elle plutôt que de chercher à faire carrière.

À la question « que veux-tu faire plus tard ? » la génération Z, née après 1995, répond : « Entrepreneur » en majorité. Quelle belle revalorisation de l’acte d’entreprendre. Mais ne nous leurrons pas, de la même façon que pour les Y, ces prétendants à l’entrepreneuriat ne feront pas tous le grand pas. Alors cela veut dire quoi, être entrepreneur ? Pour plus de 50%, il s’agit en réalité « d’être son propre patron ». Se projetant ainsi, ils s’inscrivent dans une tendance massive observée ces dernières années. Aujourd’hui pour la 1ère fois, le nombre de freelances aux USA est supérieur au nombre de CDI…

Auparavant, c’était l’entreprise qui faisait l’honneur à un collaborateur de lui donner un travail. Puis les Y sont arrivés, et le rapport de collaboration s’est substitué au rapport de subordination. Le futur collaborateur s’inscrit dans une relation d’échange gagnant/gagnant : « Montre-moi ce que tu peux me donner, je te dirai si je veux m’engager ». Les Z, plus jeunes, transforment l’essai des Y : ce seront eux qui, demain, feront l’honneur à une ou plusieurs entreprises de mettre à disposition leurs talents et leurs compétences.

Cette jeune génération est très consciente du fait qu’elle exercera, en moyenne, 13 métiers différents dans sa vie. D’ailleurs, à la question, « tu feras combien de jobs ? » elle répond souvent « l’infini ». Elle sait également qu’une grande partie des métiers qui existeront dans 5 ans, n’existe pas encore. Alors, pragmatique, lucide, elle remet en cause l’école et encore plus le diplôme comme tampon indélébile qui marque à vie une expertise, dans un monde régi par l’obsolescence des compétences, où il faudra sans cesse se re-updater. De qui apprendras-tu demain ? De moi-même, en premier lieu. De l’entreprise, dans un second temps. Demain, c’est l’entreprise qui deviendra formatrice, voire diplômante. »