“Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Voilà des années qu’on te pose cette question. Et pour celui qui te la pose, cela ne se réduit qu’à une seule chose : ton métier. On te demande quel métier tu veux faire sans même t’avoir présenté toutes les possibilités, puisque voilà dix ans qu’on t’enseigne les mêmes matières à l’école. Moi j’aurais une autre question à te poser.

Quel est le verbe de ta vie ? Pas le métier, non, le verbe. C’est lui qui va tracer les chemins de ta vie. Oui je dis bien les chemins, car dans le monde de demain, avoir plusieurs chemins de vie, de carrière, de métier, ne sera pas réservé aux atypiques. J’en rencontre tous les jours : des ingénieurs qui deviennent boulanger, des comédiens qui deviennent pilote, des avocats qui deviennent activistes dans une association. À toi qui changes d’avis, qui n’es pas sûr d’être un littéraire ou un scientifique – comme si les deux étaient incompatibles ! – on te dira que tu devrais te décider. Et si on regardait ça autrement, en se disant que ceux qui s’intéressent à des domaines différentes, qui sont capables d’aller de l’un à l’autre, qui savent s’adapter à de nouveaux contextes, à d’autres manières de faire, sont des multi-potentialistes. Des gens qui amèneront le savoir qu’ils ont acquis dans un domaine dans un autre. Des gens qui ouvrent les horizons, qui fabriquent de nouveaux potentiels. Mais il y a quelque chose qui rend logique leurs bifurcations : leur verbe.

(…)

Si le verbe de ta vie c’est aider, tu pourras autant être avocat, médecin urgentiste ou travailler dans une ONG. Si c’est transmettre, tu pourras être enseignant aussi bien que journaliste ou comédien. Veux-tu découvrir des choses (archéologue, historien, chimiste, biologiste) veux-tu en inventer (ingénieur, magicien) veux-tu les exprimer (écrivain, musicien, artiste), les analyser (éditorialiste, analyste politique, sociologue) ? Veux-tu soigner, guérir, protéger, défendre ? Bien sûr, après, il faut affiner. Trouver la matière dans laquelle ton verbe va agir : les mots, le corps, l’image, la nourriture, les animaux. Chacun est plus ou moins sensible à une matière. Tu peux être un inventeur génial de jeux vidéos ou de pâtisseries. Tu peux combiner tes savoir-faires : créer des jeux vidéos et en faire la musique, sculpter tes pâtisseries en oeuvres d’art. Et puis il faut se poser aussi la question de ton mode de vie : veux-tu des horaires fixes ou irrégulières, veux-tu rester au même endroit ou bouger, travailler à l’extérieur ou dedans ? Et enfin, mais peut-être surtout, savoir au service de quoi tu mets ton verbe : du système capitaliste de production de richesse qui met en compétition les individus, qui détruit la terre et ses êtres vivants, ou bien d’un autre système basé sur le respect du vivant et l’entraide ? Dans les deux, tu pourras te faire valoir, te dépasser, innover. Tu peux exercer le même métier pour servir deux visions du monde totalement opposées. Demain, le métier ne sera pas nécessairement le centre de nos vies. Il faut trouver un métier qui te fasse vivre et qui te laisse vivre. Un métier qui nous laisse le temps d’apprendre, de découvrir, de nous émerveiller, de vivre avec les autres. Qui nous permette d’habiter le temps au lieu de lui courir après.”

Extrait de Lettre à un ado : trouve le verbe de ta vie, de Sarah Roubato

Sarah Roubato, l’expression d’une nouvelle génération

Sarah exprime avec sensibilité, d’une écriture au rythme magnifique, les aspirations des générations les plus jeunes. Des aspirations dans lesquelles beaucoup se reconnaitront.

Auteure d’un livre dans la même veine, elle voyage dans toute la France et propose la lecture de “Lettre à ma génération” sous forme de rencontre/spectacle chez l’habitant.

A n’en pas douter, une auteure à faire découvrir afin d’inspirer les générations futures et présentes !

Lettres à ma génération 

De Sarah Roubato

Sarah Roubato est devenue le porte-parole de sa génération en publiant une lettre sur Médiapart, à la suite des attentats de novembre : «Moi, je n’irai pas qu’en terrasse». Sa lettre a été partagée plus d’un million de fois sur les réseaux sociaux. Un livre court, humain et engagé pour répondre à la terreur des attentats de 2015 et penser le monde de demain.

“Je ne sais pas pourquoi ma parole a porté ce jour-là. Pourquoi cette lettre et pas un autre de mes textes. Avec tous ces anonymes qui m’écrivent, nous ne parlons déjà plus de la lettre, mais du malaise, de la colère et de l’envie que nous partageons. De ce bruissement qu’on perçoit. Du changement qu’il est urgent d’entreprendre, et qui se fera silencieusement, en coulisses.”