À l’âge de 17 ans, Guillaume Thébault réalise « Futur d’espoir », un film étonnant de maîtrise et de maturité. Dans la lignée des documentaires  « En Quête de Sens » et « Demain », Guillaume part en quête de solutions alternatives à un problème bien de notre époque : l’agriculture intensive.

Découvrant des acteurs locaux qui bordent la région de Genève mais aussi des écrivains et scientifiques de renom, Guillaume nous parle d’agriculture et de notre relation à la nature à travers une quinzaine de rencontres qui ponctuent son film d’humanité, de profondeur et surtout d’espoir !

Réalisé initialement pour un projet de fin de scolarité en 2015, Guillaume, aujourd’hui âgé de 18 ans, présente son film lors de projections privées en France et en Suisse et dans de prochains festivals.

Encouragé par le succès qu’il rencontre, le jeune homme poursuit ses démarches pour obtenir un visa d’exploitation dans les salles de cinéma et prépare doucement la sortie des futurs DVD…

À la sortie de ses cours, Guillaume prend le temps de nous raconter l’aventure de son film…

D’où est venue ton envie de réaliser un film sur les solutions alternatives en agriculture ?

Guillaume Thébault à l’œuvre dans son potager

Guillaume Thébault : Avec un ami, Dimitri… Lorsque nous avions 12 ans, nous avons commencé à planter nos premiers légumes sur un terrain vague en face de chez moi. C’est ainsi que nous nous sommes intéressés à la nature, au bio et aux méthodes d’agriculture et que nous avons démarré notre potager. Un potager qui fait aujourd’hui 1000 m² !

J’étais très préoccupé par l’état de la Terre… Je voulais savoir s’il existait d’autres solutions que l’agriculture intensive pour nourrir la planète. J’ai donc décidé de faire ce film parce que je voulais rencontrer des personnes qui agissent de manière concrète pour un futur meilleur et comme je n’avais pas les moyens de partir faire un tour du monde, j’ai décidé de réaliser un film local.

Mais ce qui me donne encore plus d’espoir, c’est de savoir que tout ce que j’ai vu près de chez moi se passe partout dans le monde.

L’idée de ce film est de montrer que nous avons les solutions et que c’est à chacun de les mettre en place. Nous avons la possibilité d’agir !

Quelles ont été tes découvertes les plus marquantes ?

En réalisant le film, j’ai découvert de nouvelles méthodes d’agriculture que j’ai tentées de mettre en pratique dans mon potager comme l’électro-culture ou l’aquaculture dont on entend encore très peu parler. Et parmi les méthodes que je présente dans le film, j’aborde plusieurs approches de l’agriculture biologique comme la permaculture ou la biodynamie.

Mais surtout, réaliser ce film m’a permis de rencontrer une quinzaine de personnes qui agissent déjà de manière concrète et que je n’aurai jamais imaginé rencontrer. Tous ceux que j’ai interviewés portaient en eux la volonté de respecter la nature et de la protéger.

Rencontrer ces personnes m’a appris bien des choses. Par exemple, une femme formidable, Christiane Perriollat, m’a fait découvrir ses jardins partagés, elle m’a aussi expliqué comment cultiver la nature en collaborant avec elle… C’est peut-être une vision romantique, mais je pense qu’on devrait pouvoir collaborer avec la nature.

Dans notre modèle actuel et défaillant de l’agriculture, nous avons voulu mécaniser la nature alors que ce n’est pas possible.

Nous devons reconnaître la nature, reconnaître ses cycles, reconnaître qu’elle peut nous aider et que nous pouvons l’aider en retour… Mais nous devons reconnaître ses limites également, car la nature a besoin de temps pour parcourir son cycle. Nous ne pouvons pas l’exploiter sans cesse pour toujours plus de croissance et de rentabilité qui sont des objectifs d’humains.

Aujourd’hui, nous parlons d’exploitant agricole, alors qu’il nous faut arrêter d’exploiter la nature et plutôt collaborer avec elle. La terre n’a pas besoin de machines, elle a besoin de mains humaines et de la présence de l’homme…

La rencontre avec Gilles-Eric Séralini, un scientifique dont je lisais les livres bien avant de réaliser ce film, m’a aussi beaucoup fait réfléchir. Il me racontait comment la compagnie agro-chimique Monsanto avait payé des agents de communication pour dénaturer son CV lorsqu’il a publié une étude sur les OGM. Il a été discrédité par tout le consortium scientifique et a reçu des menaces pour le décourager dans ses recherches.

Parce qu’il se bat pour permettre un avenir plus sain malgré les menaces, pouvoir le rencontrer était un honneur pour moi.  

J’ai également fait ce film parce que je veux que les choses changent ! Je vais encore vivre quelques années et je n’ai pas envie que des multinationales de l’agrochimie détruise mon avenir et ma santé pour une histoire de bénéfice financier… Les grands PDG s’en moquent sans doute d’attacher des chaînes aux pieds des générations à venir, mais en ce qui me concerne et pour les futures générations, cela m’importe ! Si l’on veut pouvoir vivre sainement, manger sainement, un changement est indispensable…

La grande question qui te motivait à réaliser ce film était :

Est-il possible de nourrir toute la planète en bio ? … As-tu trouvé la réponse ?

Je voulais en effet savoir si je suis un grand rêveur quand j’espère que l’on puisse nourrir toute la planète avec l’agriculture biologique ou si c’est réellement possible. J’ai obtenu ma réponse en réalisant le film.

Et oui, c’est possible de nourrir toute la planète en bio !

Quand on découvre les études disant qu’il est possible de nourrir 2 fois la population mondiale avec l’agriculture bio, on s’aperçoit que le problème n’est pas l’agriculture bio, c’est notre mode de consommation. Car nous jetons 1/3 de ce que nous produisons sur la planète.

Il ressort de ces études par Jean Ziegler ou le CETIM que 80% des personnes qui souffrent de la faim dans le monde sont des paysans. Des paysans qui devraient être complètement autonomes pour se nourrir souffrent de la faim à cause de l’industrie agroalimentaire et des monocultures.

Le modèle de l’agriculture industrielle affame des populations et détruit la nature. Il nous a fallu 50 ans pour détruire l’agriculture avec ce fonctionnement. Nous aurons besoin d’au moins 50 nouvelles années pour redonner vie aux sols et remettre sur pied une agriculture respectueuse de la terre et de l’homme.

Mais c’est possible et les solutions existent ! Sous certaines conditions…

Car cela ne sera pas possible de la manière dont le monde se nourrit aujourd’hui. Par exemple, il va falloir réduire drastiquement notre consommation de produits carnés.

Et il faudra que davantage de personnes travaillent la terre… Car l’agriculture bio est une agriculture où la présence humaine est nécessaire et irremplaçable…